JIMMY GUIEU, ROMANCIER ET UFOLOGUE

JIMMY GUIEU, ROMANCIER ET UFOLOGUE

A côté de ses ouvrages documentaires, de ses émissions radio et télé, le vrai métier de Jimmy Guieu, ce qui lui permettait de vivre, était d’être auteur de romans. En tant qu’écrivain, son premier roman paraitra dans la toute jeune collection Anticipation du Fleuve Noir. Son premier roman (Le pionnier de l’atome) sera le numéro 5 de cette collection et il fera paraitre de nombreux romans chez son éditeur historique, malgré quelques infidélités (Marabout Junior, Gérard de Villiers, etc.). Le numéro 100 de la collection Anticipation sera, par exemple, un roman SF de Jimmy et son dernier roman sera publié sous le numéro 1273, en 1984 (Les fils du serpent). Par la suite, il bénéficiera de collections spécialement dédiées à cet auteur (la collection « SF Jimmy Guieu », la collection « Les Chevaliers de Lumière »), puis viendront des grands formats (les deux EBE et Psiboy, ainsi qu’un roman moins connu, qui sera le dernier : Un terrestre extra).

Parmi la production pléthorique de cet auteur, il faut distinguer 104 romans fantastiques, 2 romans policiers (et 16 écrits en collaboration avec Georges Pierquin), …et 6 romans érotiques (sous pseudonyme). Nous nous attacherons ici à explorer, parmi les 104 romans de SF, ceux qui évoquent le plus l’ufologie.

Chronologiquement, Jimmy aborde ce point dans son deuxième roman : Au-delà de l’infini. Là, une pierre tombée d’un OVNI entrainera Jerry Barclay et ses amis à l’autre bout de l’univers, en compagnie de deux races extraterrestres. Dans ce roman, il est question de ce phénomène des pierres tombant d’OVNI, dont les enquêtes ufologiques dès la fin des années 1940 (cas de Maury Island, par exemple) et début des années 1950. Il est aussi question de la banalisation du sujet OVNI (déjà en 1953 !), d’un rayon paralysant, d’extraterrestres de différentes races (des nains…et d’E.T. ressemblant à des…insectoïdes !), de l’aventure vécue par Betty et Barney Hill (et la carte de Marjorie Fish), de la vague d’OVNI de Farmington, de « l’accident » du capitaine Mantell, de l’influence des E.T. sur nos légendes et de boules lumineuses définies comme des « mouchards » (pour observer de loin). Autant dire que de nombreux sujets ufologiques sont déjà présents dans ce premier roman sur cette thématique.

Couverture originale du roman de 1952 : Au-delà de l’infini.

D’autres sujets liés à l’ufologie se retrouveront dans d’autres romans.

En 1954, une nouvelle série met en lumière Jean Kariven, un anthropologue passionné de traditions, explorateur de cités interdites… et qui rencontrera des Polariens. Dans L’homme de l’espace, récompensé par un premier prix littéraire en 1954, Jimmy y parle de la lutte de deux espèces E.T. : les « Grands Blonds » venus de l’étoile Polaire (humains nous ressemblant) et les Dénébiens, que Jimmy décrit comme étant des Reptiliens…bien avant que ce ne soit à la mode dans le milieu ufologique ! Dans ce roman, Jimmy revient longuement sur la politique de censure des gouvernements sur ce sujet, sur la théorie de Jean Plantier concernant le mode de propulsion, ainsi que sur le survol des installations nucléaires, militaires ou civiles (Baïkonour, etc. …).

L’homme de l’espace, qui vaudra la première récompense littéraire à son auteur, en 1954.

En 1958, dans La Force sans Visage, le roman de Jimmy traite d’un jeune inventeur d’une technologie d’antigravitation et des problèmes qu’il rencontre dans ses pérégrinations pour trouver des financements. Face à une société secrète qui espère récupérer sa technologie à de mauvaises fins, cet inventeur sera coopté par une société initiatique bénéfique dont les capitaux lui permettront de concrétiser son invention : un disque volant utilisant l’antigravitation, alimenté par l’énergie cosmique. Bien sûr, dans ce roman, les personnages principaux parlent d’OVNI, des théories de Jean Plantier et Marcel Pagès, des intérêts des multinationales du pétrole et des effets physiques de la technologie antigravitation (disrupteur d’allumage des moteurs, par exemple) ou du télévisionneur direct.

Un bon roman de 1958, mêlant recherches sur l’antigravitation et sociétés secrètes.

En 1960, le roman intitulé Chasseurs d’hommes va mettre en lumière ces mystérieux Men in Black (hommes en noir) qui terrorisent « ceux qui en savent trop sur les soucoupes volantes ». Évidemment, les personnages discutent entre eux de la matérialité du phénomène OVNI et il est question du cas d’Albert K. Bender, fondateur de l’International Flying Saucers Bureau qui, aux Etats-Unis, eut maille à partir avec ce type d’individus et qui dut arrêter la parution de son magazine consacré aux UFOs (Space Review). Il est aussi fait référence au livre de Gray Barker (They knew too much about flying saucers) qui joue un rôle « clé » dans le roman…

Chasseurs d’homme, premier roman de l’auteur où il traite du cas des « Men in black ».

En 1969, parait Demain : l’apocalypse, un roman dont le début se passe lors d’une convention ufologique en Californie. Là, l’auteur y mêle son expérience de ce genre de manifestation, avec des apparitions d’OVNIs, des disparitions de scientifiques…et des tremblements de terre. La trame de ce roman repose beaucoup sur le lien entre observations d’OVNIs et tremblements de terre ou failles tectoniques (théorie de Fernand Lagarde). Il y est aussi question du Collège Invisible, de la mort de Morris K. Jessup (avec qui Jimmy correspondait), de la commission Stolyarov sur les OVNIs en URSS, des « suicides » de nombreux ufologues, de Betty et Barney Hill, du projet Blue Book, du groupe « 54/12 » (en lien avec le « MJ-12 » ?), du Chevalier Noir…et de bien d’autres sujets dans ce roman riche en ufologie !

Demain : l’Apocalypse, autre bon roman ufologique de Jimmy Guieu. Dans les années 60, les couvertures de Brantonne ne, malheureusement, sont plus présentes!

Avec Opération Neptune (1973) et Les veilleurs de Poséidon (1974), aventures de son héros Gilles Novak, Jimmy s’attaque au sujet des OANIs (Objets Aquatiques Non-Identifiés) ; des OVNIs qui sont vus fréquemment entrant ou sortant de l’eau, planant au-dessus des rivières, cours d’eau ou dans l’océan. Seront ainsi évoqués l’affaire du fjord de Sogno, en Norvège (1972) et celle de Golfo Nuevo (Argentine). Le terme d’OANI n’existant pas à l’époque, Jimmy invente le terme… « d’astronefs spatio-submersibles », lequel ne fut pas popularisé. Trop long sans doute ! Il y parle aussi d’aquanautes pour évoquer les personnages pilotant ces engins…spatio-submersibles.

En 1979 sort Les yeux de l’épouvante. Dans ce roman, là aussi très orienté ufologie, Jimmy va évoquer l’aventure vécue par le caporal Valdès, au Chili et de l’influence de ces « Intelligences du Dehors » sur nos structures mentales afin de nous faire réfléchir :

« Et ce qu’ils auront laissé l’aura été dans le double but de nous leurrer davantage mais, aussi, de nous faire réfléchir, de nous conforter dans la réalité de l’existence d’autres espèces pensantes.

« Par des démonstrations souvent excentriques, par des prises de contact généralement caractérisées par l’absurde ou l’incroyable, ces êtres visent à modifier peu à peu nos structures mentales, à opérer en nous des changements d’attitude dans nos modes de pensée. Ces modifications psycho-structurales se développent insensiblement depuis quarante-quatre ans chez un nombre toujours plus grand d’individus. »

Et  :

« …Il ne fait plus de doute pour nous, chercheurs « parallèles » ou ufologues que ces « Intelligences » installent un système de contrôle visant à activer notre évolution en nous élevant, parfois par des méthodes et des démonstrations contraires à notre logique, vers un niveau supérieur de conscience. »

Les yeux de l’épouvante, avec une illustration de couverture de la fin des années 70 et début des années 80.

Ici, Jimmy va véritablement développer certaines réflexions qui résultent de son expérience de près de près de 30 ans d’ufologie (lors de la 1è édition du roman). Il est aussi question des enlèvements de Betty et Barney Hill, d’Antonio Villas-Boas, des faisceaux de lumière cohérente, du télétransport de voitures (cas de maitre Vidal, à Buenos Aires), le rapport des OVNIs et du nucléaire, et d’autres territoires vitaux survolés : « …, tels les champs pétrolifères et les industries côtières du golfe du Mexique, l’arsenal Redstone, cet énorme complexe de recherches spatiales à caractère militaire en Alabama, le centre de vol spatial George C. Marshall à Huntsville, également en Alabama, la réserve d’or de Fort Knox, dans le Kentucky, les mines de Wheeling, en Virginie occidentale, le cyclotron de Sandusky Bay, la centrale nucléaire de la NASA à Plum Brook, le Keystone Dam, barrage de l’Oklahoma, et j’en passe… » Il est aussi question, en France, du plateau de Canjuers (évoqué dans son roman Plan catapulte, de 1972) et du centre nucléaire de Cadarache.

Dans la suite de ce roman (Hiéroush, la planète promise), en 1980, il est question d’univers parallèles, des cas du Dr X et de Stephen Michalak, de l’influence de l’apparition d’OVNI sur les structures mentales des Terriens, de film de science-fiction (Le jour où la Terre s’arrêta, Star Wars), des pouvoirs psi, des Contactés et des « sphères à transfert » permettant la téléportation.

Hiéroush, la planète promise. Un roman très « apocalyptique » et « engagé » de son auteur.

En 1987, Jimmy ramène son héros Gilles Novak et l’associe avec les membres de La Force sans Visage, des Templiers rencontrés dans L’Ordre Vert et des extraterrestres bénéfiques d’Alpha du Centaure. Ainsi nait le premier volume de la série Les Chevaliers de Lumière (qui en comptera dix) où l’auteur associe ufologie, faits mystérieux…et justice expéditive ! Dans le premier tome, La Force Noire, il est principalement question des observations au-dessus du plateau d’Albion (telles que rapportées l’année précédente dans son ouvrage documentaire Le monde étrange des Contactés) et du mont Saint-Hilaire, au Québec, qui serait une base OVNI. Il est aussi question de bases spatiales géantes, de critique du GEPAN, du caporal Valdès, et d’une aventure survenue à Jimmy lors de l’enregistrement d’une émission de télévision au Québec, avec l’ésotériste Richard Glenn : l’enregistrement s’arrêta après qu’un OVNI ait survolé (en plein jour !) l’université où se déroulait l’émission.

La Force Noire, un très bon roman « ufologique » de 1987, qui voyait revenir le héros emblématique de son auteur : Gilles Novak. Ce sera le premier tome de la série des Chevaliers de Lumière, qui en comptera 10 écrits par son auteur.

En 1990 et 1991, Jimmy va sortir deux romans en grand format (et non plus en poche), qualifiés de « romans-vérité » : EBE, alerte rouge et EBE2, l’entité noire d’Andamooka.

Dans ces romans, Jimmy va développer les thèses issues de déclarations de John Lear, et de quelques auteurs ayant des liens avec les agences de renseignement américain. Qualifiée d’« horrible vérité », il est question d’entités qui se sont écrasés à Roswell, les Gris, et qui auraient conclu un pacte avec certains gouvernements terrestres (Etats-Unis et l’ex-URSS en premier lieu) : des enlèvements de Terriens seraient autorisés contre des avancées technologiques. Dans ces « romans-vérité », l’auteur y mêle de nombreux incidents liés aux OVNIs, aux Gris et au « folklore » américain dans ce domaine. Le premier EBE figure parmi ses meilleurs romans, que l’on soit d’accord ou non avec les informations données en annexe de ces romans. Un passage, décrivant le personnage principal, Teddy Cowen, …s’applique complètement à son auteur :

« Le journaliste-animateur, visiblement, avait été captivé par le violon d’Ingres du romancier : l’étude des UFO’s, des Rencontres du IIIe Type ; observations et récits bien réels malgré la conspiration du silence des autorités, quand elles ne se lançaient pas dans des campagnes de dénigrement à l’endroit des témoins ! Le romancier n’hésitait pas à aller enquêter, parfois fort loin, auprès d’une personne ayant vécu une expérience extraordinaire ; et il utilisait volontiers les informations recueillies pour les insérer dans la trame romanesque de ses livres, leur donnant dès lors un ton de crédibilité qui ajoutait au caractère attachant de l’intrigue. »

Dans ce roman, il est aussi question d’implants, de mutilations animales, des Mormons, du comité PI-40 (équivalent du groupe 54-12 ou du MJ-12), d’hélicoptères noirs, de debunking sur les OVNIs, d’un crash d’avion au Cambodge dont les passagers auraient été mutilés, des Men in Black, de régression hypnotique, d’insémination artificielle et d’hybrides, de la base de Dulce (Nouveau-Mexique), de télévisionneur direct, de « mesure de convenance », de Raël (sous un pseudonyme…), de la sociopsychologie, de Maurice Bennevitz, de manipulation espace-temps, de Polariens (une fois de plus !), de réingénierie d’une technologie extraterrestre et de l’historique du phénomène OVNI. Le grand format permet ici un roman très riche sur la thématique (certains parleraient de « folklore ») extraterrestre !

Sa suite met en lumière les OANIs, les « fantômes » de Nansei Shoto et les « foo-fighters », la bataille de Los Angeles, des assassinats politiques de ceux qui veulent révéler la vérité sur le sujet E.T. (James Forrestal et John F. Kennedy sont mentionnés !), les gouffres du plateau d’Albion, l’Observatoire Alpin Provençal, le plateau d’Albion et le plan de Canjuers, des « Gris à capuche », du clonage et du MJ-12,

Après ces romans, très influencés par l’ufologie américaine (mais avec des exemples en France, davantage dans EBE2), Jimmy va écrire un roman plus orienté jeunesse : Psiboy, l’enfant du cosmos. Edité en 1996, il est question d’un jeune pré-adolescent dont les gènes ont été manipulés par une espèce extraterrestre bénéfique, lui occasionnant toutes sortes de pouvoirs psychiques. Dans ce roman, ce sont surtout les adultes qui entourent le héros principal qui vont parler OVNI. Jimmy règle ainsi ses comptes avec quelques personnes et organismes (le SEPRA, évidemment, Jean-Claude Bourret, …), il parle d’abductions et des analyses de terre du professeur Michel Bounias.

Psiboy, l’enfant du cosmos. Premier roman d’un cycle destiné à la jeunesse mais qui n’eut jamais de suite en raison des ventes plutôt faibles de ce roman.

En 1997, Jimmy met à jour un vieux projet de scénario de film pour en faire un roman : Un terrestre extra. Ce dernier est une comédie, un roman comique dont l’ufologie est la toile de fond : un jeune oisif du sud de la France, passionné d’OVNIs et autres sujets « interdits », va rencontrer un extraterrestre. Les deux vont s’aider mutuellement pour en retirer un bénéfice certain. Mais il est aussi question des anges dans la Bible (inspirés d’extraterrestres), de rayon paralysant, et… d’une nouvelle critique du SEPRA !

Un roman mal distribué et qui connut de très faibles ventes. Ce qui est dommage car son auteur partait sur du roman à la René Fallet (l’auteur de La soupe au choux) et semblait inaugurer un nouveau style.

Ces deux derniers romans ne trouveront pas leur public ou seront mal distribués (surtout le dernier) ; ce qui est dommage car l’auteur semblait sortir un peu des schémas préétablis de ses romans de SF en poche.

Une chose est sûre, de nombreuses personnes sont venues à l’ufologie par des romans de Jimmy, comme j’ai pu le constater. Son action de sensibilisation du sujet s’est faite auprès d’un grand public, tant par ses ouvrages documentaires et ses émissions de radio ou télévision (auxquelles il ajoutera ultérieurement la production de 14 vidéocassettes, entre 1991 et 1994) que par ses romans. Car, il est vrai que les ouvrages de chercheurs en ufologie ne connaissent pas de tirages importants de nos jours, alors que le sujet passionne et fait l’objet d’un certain nombre d’émissions de médias spécialisés sur ce créneau sur Internet. Il s’agit sans doute du média d’avenir pour l’ufologie, …même si énormément d’erreurs, de désinformation et de manipulations de toutes sortes (infox) y sont à l’œuvre ! L’écrit a sans doute encore de beaux jours devant lui (espérons-le !) pour la sensibilisation et l’évasion sur ce sujet…

Stéphane Royer

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2 Comments

  1. jimmy guieu est l’un des pionniers de l’ufologie .un grand homme qui a consacré sa vie aux ovnis et le paranormal en france. c’est l’un des ufologues qui ma donné envie de devenir ufologue. une vie pleine de rencontre avec les témoins d’ovnis .bruno botta gui/ovniparis/reporter odhtv

    1. Rassure toi, Bruno, tu es loin d’être le seul. D’où ma motivation à cette année d’hommage spéciale Jimmy Guieu, 20 ans après son départ, où j’ai tenté de lui rendre hommage à travers conférences, articles et émissions sur BTLV. Sûr que sans un certain virus, j’aurai fait plus de conférences sur le sujet à travers la France…

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